Les siécles antérieurs

La Médecine aux XVIe et XVIIe siècles 

 
 
C'est au XVIe siècle que commence une remise en cause de la médecine telle qu'elle était enseignée, à partir de manuscrits vieux de deux mille ans.
Jusqu'au XVIIe siècle, la médecine est tenue par les galiénistes, se référant aux oeuvres du mathématicien grec de l'antiquité Galien. Pour Galien, toutes les maladies sont dues à un déséquilibre du " tempérament" ( mélange particulier des humeurs et des qualités).

Les débuts de la pratique médicinale : la dissection 

 Lorsque les premières dissections virent le jour, les scientifiques se heurtérent à de nombreux obstacles, subissant principalement la pénurie des sujets d'étude.  Cette pénurie était souvent dû aux restrictions sévéres que les autorités civiles et religieuses faisaient peser sur les scientifiques. Elles répandaient le culte du corps sacré. En effet, même s'il ne constituait plus qu'une enveloppe corporelle vide, c'etait tout de même commetre un meurtre que de le disséquer, ou pire, faire acte de sorcellerie !  Nous pouvons tout de même noter que quelques amphithéatres d'anatomie virent le jour à Padoue, à Bologne, à Montpellier. Mais si ces timides apparitions scientifiques subsistent, l'Eglise conserve un rôle important qui régit la société, et mêne les pensées humaines.

 

 

Dans l’Empire germanique comme à Bologne en Italie, la dissection n’était autorisée qu’à raison d’un seul cadavre par an, publiquement en présence des autorités civiles et religieuses; Lérida en Espagne disposait d’un corps tous les trois ans. A Montpellier, bien qu’autorisée depuis 1375, l’obtention d’un sujet  d’anatomie était subordonnée à des formalités désespérantes. A Paris, la première dissection semble avoir eu lieu en 1478 ou 1494, le Collège des Chirurgiens avait droit à quatre cadavres par an. Les pratiques médicinales furent restreintes et souvent interdites, de plus elles étaient mal vu par toute la civilisation et entrainaient souvent des conflits. les médecins les plus audacieux contournaient donc souvent ces restrictions imposées, et le XVIIème siècle connut alors le marché noir humain, ce qui a permit de faire des découvertes fondamentales pour notre société.

                                                                                                                                                                          
                                                                                                                                                                                   Rembrandt: La leçon d'anatomie
L'essor de l'anatomie au XVIe siècle

Au XVIe siècle, les humanistes sont pris de la passion de ‘savoir comment l’homme fonctionne’, c’est un véritable esprit scientifique qui est en train de naître. Pour comprendre l’anatomie de l’homme la dissection est essentielle, mais les scientifiques de l’époque se heurtent alors à plusieurs opposants. Tout d’abord le monde religieux s’indigne, le corps humain est depuis longtemps sacralisé, l’apôtre Paul disait ‘notre corps appartient à Dieu.’ Malgré l’accord des papes sixte VI (1471-1484) puis clément VI (1523-1534), l’inquisition continue de faire peser et payer sa désapprobation. Michel Servet est mort sur le bûcher parce qu’il écrivit en 1553 un ouvrage sur l’anatomie où il décrivait le corps humain et le fonctionnement des organes. Grotius, au XVIIe siècle parlait encore de ‘profanations, sacrilèges et cruautés inutiles exercés par les vivants sur les morts’. Mais comme nous le montre les accords des papes, certaines autorités religieuses, comme celles des villes italiennes de Padoue ou Florence, surmontent ces croyances, comprenant la nécessité qu’ont les médecins de disséquer pour améliorer les connaissances anatomiques. Il y a donc une remise en causes de ces connaissances transmises jusque là et certains scientifiques de l’époque ne supportent pas de voir contredites les doctrines galiénistes, références universelles au XVIe siècle (Galien avait fourni des planches anatomiques largement fausses, qui correspondaient au corps d’un singe et non à celui d’un homme), ce qui laisse peu de place au renouvellement des connaissances.

C’est donc en d’autres scientifiques que se trouve aussi l’opposition. Pris entre deux contraintes, les anatomistes du début du XVIe siècle écrivent parfois, comme l'Italien Zerbi en 1502, «qu'il ne faut pas faire confiance aux textes et qu'il faut observer la nature telle qu'elle se présente» et, quelques lignes plus loin, que « toutes les affirmations de Galien sont des vérités indiscutables »

Néanmoins, à partir de la fin du XVe siècle, les villes universitaires italiennes multiplient les dissections didactiques et les autopsies, souvent sur des cadavres de criminels, alors que dans d’autres grandes villes, comme Paris ou Montpelier, ces pratiques sont rarement autorisées, la dissection ne l’ayant été qu’en 1576 à Paris.

source : www.larousse.fr

 
La pensée anatomique moderne va naître avec la publication, en 1543, du De humani corpore fabrica d'André Vésale. D’origine Belge, il avait suivi les cours d'anatomie de la faculté de Montpellier avant de s'installer à Padoue. Avec plus de 300 illustrations réalisées par des peintres professionnels de l'école du Titien, son ouvrage renouvelle complètement l'image qu'on se fait de l'intérieur du corps. Il fait scandale dans le corps médical … mais le renouveau est lancé. Le regard porté par Vésale sur l’anatomie du XVe siècle et sur celle de son temps est extrêmement critique. il déclare : "Comme les médecins jugeaient que seul le traitement des affections internes était de leur ressort et [qu’ils] pensaient que la connaissance des viscères leur suffisait amplement, ils négligèrent, comme si elle ne les regardait pas, la structure des os, des muscles, des nerfs, des veines et des artères qui irriguent les os et les muscles. Ajoutez à cela que l’abandon aux barbiers de [l’anatomie] fit non seulement perdre aux médecins toute connaissance réelle des viscères, mais aussi toute habileté dans la dissection, à tel point qu’ils ne s’y livrèrent plus. […] Ces derniers [les médecins donc], poursuit Vésale, à la façon des geais, parlant de choses qu’ils n’ont jamais abordées de près, mais qu’ils ont prises dans les livres et confiées à leur mémoire, sans jamais regarder les objets décrits, plastronnent, juchés sur leur chaire, et y vont de leur couplet. Les autres [les barbiers] sont tellement ignorants des langues qu’ils ne peuvent fournir aux spectateurs des explications sur les pièces disséquées ; il leur arrive aussi de lacérer les organes que le [médecin] leur ordonne de montrer. Celui-ci, qui n’a jamais mis la main à une dissection, se contente de son commentaire […]. Ainsi, tout est enseigné de travers ; les journées passent à des questions ridicules et, dans tout ce tumulte, on présente aux assistants moins de choses qu’un boucher, à l’abattoir, ne pourrait en montrer à un médecin; et je ne parle pas, termine Vésale, des Ecoles où l’idée de disséquer l’organisme humain n’est guère venue à l’esprit : voilà à quel point l’antique médecine a vu, depuis d’assez nombreuses années déjà, ternir son ancien éclat"

Beaucoup d’autres le suivirent, comme Ambroise Paré (1509-1590, chirurgien d’Henri II, de François II et de Charles IX), considéré comme le père de la chirurgie moderne. Il comprend l’idée de la circulation du sang et remet la ligature a l’honneur. Il écrit un traité d’anatomie en français qu’il illustre avec des figures de Vésale. 

 

La population se demande si la médecine sait vraiment guérir?

                 Médecins du XVIIéme siécle, effectuant des saignées et un clystére.

 

Malgré les diverses découvertes anatomiques (grâce à la pratique de la dissection), certaines questions restent toujours ancrées dans les esprits. La médecine sait elle vraiment guérir ?  Les malades font aussi bien appel à des amulettes, à des rebouteux, qu' à des recettes locales ou familiales, pourquoi ne feraient t'ils pas appel aux médecins?  Herbes, formules, prières, gestes rituels, tout cela fait partie de la pharmacopée de base. «Au petit matin, écrit un érudit en 1681, j'ai pris une bonne dose d'élixir et j'ai suspendu trois araignées à mon cou, qui m'ont débarrassé de la fièvre paludéenne». Ne rions pas : de nombreuses plantes utilisées ont des vertus médicinales connues depuis l'Antiquité, et la sagesse populaire a su dégager quelques conseils utiles. Se soigner soi-même, avec les herbes locales, est une pratique habituelle. Mais les médecins ont la connaissance et savent soigner les maladies, du moins celles de cette époque.  Malgré tout beaucoup de controverses restent présentes, la méfiance l'est aussi et beaucoup ne croient pas à la science, dont l'église. 

 

 

La médecine au XIXe siècle

 

 C’est au XIXème siècle qu'apparaissent des idées et des découvertes, telles que la théorie cellulaire (1839), la médecine expérimentale et l'importance donnée au diagnostic, qui vont modifier les sciences biologiques et bouleverser la pratique de la médecine, avant la révolution initiée par Pasteur. La perception et la vision de la médecine ont malgré tout évolué, et plusieurs projets comme la création d'une coopération internationale seront acceptés et créés. 

 

 Médecine et chirurgie, même combat

 Avant la Révolution, on considérait qu'il fallait des cours différents pour les médecins et les chirurgiens. À partir de 1795, ils sont rassemblés dans une nouvelle synthèse. Les travaux du jeune médecin Bichat, publiés en 1800, après six années d'autopsies à l'Hôtel-Dieu de Paris, vont dans le sens de cette convergence.

Laennec va plus loin dans la symbiose médecine/chirurgie en affirmant que le diagnostic médical n'est vraiment possible qu'à partir d'une bonne connaissance de  l'anatomie pathologique. C'est lui qui, le premier, va introduire le "cylindre" (stéthoscope) pour ausculter "l'intérieur" d'un patient encore vivant. Son Traité de l'auscultation, paru en 1819, marque une rupture historique dans la pratique médicale. On va désormais "diagnostiquer" à tout va ! En mesurant pour la première fois les évolutions de température, en se mettant à l'écoute du corps, en posant des questions au patient sur ce qu'il ressent, etc.

                                                                                                                       

                                                                                                                                                                                 Stéthoscope de Laennec en 1820 

      Les changements dans les pratiques

C'est à partir de 1800 qu'on étudie l'influence des nerfs sur la respiration et qu'on arrive à la découverte d'un «centre respiratoire» interne (Flourens, 1837) ; et c'est à partir des guerres napoléoniennes qu'on améliore les techniques d'amputation (le chirurgien Larrey était capable, sur un champ de bataille, de couper un membre en moins de quatre minutes, avec une mortalité postopératoire assez basse, mais beaucoup d'amputations expéditives auraient pu être évitées). Dès 1840, on commence à expérimenter des techniques d'anesthésie (permettant d'opérer sans ennivrer le patient à l'alcool) et, vingt ans plus tard, à prendre des règles d'asepsie avant d'opérer, d'antisepsie ensuite, qui vont rendre les hôpitaux moins dangereux. Pour gérer ces hôpitaux, l'Assistance publique est créée en 1849. Une considérable évolution s'installe, les matériaux deviennent plus maniables et les chirurgiens, médecins, sont fondamentales dans la société. 

Du côté des épidémies, rien de bien nouveau, on continue à les attribuer à des «miasmes»( Emanation putride provenant de corps, de substances en décomposition ) , à des poisons plus ou moins présents dans le milieu ambiant et qui peuvent se déclencher sous des facteurs qu'on imagine les plus  divers (le terrain, l'eau, le travail, etc., et jusqu'à la mauvaise éducation ). La face positive de ces interprétations est que le courant hygiéniste né à la fin du XVIIIème siècle incite les communes à «réduire les miasmes» en garantissant par exemple la pureté de l'eau, la fraîcheur des aliments, en évacuant plus vite les ordures... 

 

La découverte de la vaccination antivariolique

 

 

Mais l'innovation la plus importante reste l’introduction de la vaccination antivariolique par Jenner, en 1798. On pratiquait déjà depuis un demi-siècle, surtout en Angleterre, l'inoculation intradermique du pus variolique desséché. Cette méthode préventive était assez efficace, mais pouvait provoquer aussi une réelle épidémie. Jenner choisit d'utiliser avec succès, au lieu du pus variolique atténué, la vaccine (variole des vaches), moins dangereuse. 

 

 

 

Néanmoins,le pape Léon XII, aurait promulgué en 1829, l'interdit de cette vaccination, il est formulé de la façon suivante : " Ceux qui se soumettent à la vaccination contre la petite vérole cessent d'être enfants de Dieu. La petite vérole est une punition de Dieu et la vaccination est un défi lancé au ciel." C'est un exemple de réticences voir d'opposition face aux médecines innovantes.

  

Les changements dans les théories médicales

Au début du XIXème siècle, de nouvelles théories apparaissent comme la théorie cellulaire développée en 1839 par le médecin Theodor Schwann, de l'institut d'anatomie de Berlin. Cette notion d'une structure élémentaire vivante susceptible d'expliquer la formation d'organismes les plus complexes n'était encore vérifiable, elle va évoluer et s'affiner, et servira de base à toutes les recherches. L'étude des pathologies cellulaires et de l'embryon vont ainsi se déveloper à partir de cette thèse. Les premières études portant sur l'hérédité et la génétique verront le jour à la toute fin du XIXème siècle, amorcées par les travaux du moine tchèque Menndel, publiés en 1866.

 

    Une coopération internationale qui se développe

 Un Conseil sanitaire international est fondé en 1838, à Constantinople, pour coordonner les mesures de protection frontalières contre les maladies épidémiques. le premier réglement sanitaire international est établit lors de la première conférence sanitaire internationale qui se tient à Paris en 1851. ce réglement impose des mesures de quarantaine afin de lutter contre les maladies épidémiques de l'époque : la peste et le choléra principalement. C'est en 1908 seulement qu'on élargira la liste des maladies dites de «quarantenaires», pour prévenir la diffusion d'autres épidémies.la collaboration internationale se développe aussi au XIXème siècles au travers de l'humanitarisme :  Henri Dunant fonde la Croix-Rouge internationale en 1863, après les horreurs du champ de bataille de Solferino. et c'est en 1864, sous son impulsion, que 12 nations signent la première convention de Genève, garantissant la neutralité de ceux qui soignent les blessés de guerre. 

On distingue une grosse évolution faîte ces dernièrs siècles. Cependant, l'église a toujours été, et l'est encore souvent, inaptes à accepter les innovations médicales même si elle n'a plus le même rôle de nos jours, et sans toutes ses diverses interdictions et oppositions nous aurions peut être pu approfondir d'avantages les recherches contre plusieurs maladies. Néanmoins, on note des implications de l'Etat dans le monde scientifique et une civilisation qu a pris conscience de l'importance de l'innovation médicale pour le savoir et le bien être de chaque hommes.

Mais qu'en est-il de nos jours ? Voit on toujours les innovations médicales comme une bonne chose ? 

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